Mardi 12 Octobre 1971 : GENE VINCENT est mort.
Ah, la la, c'est nul comme titre... Ce qui encore plus nul, c'est que ce soit la vérité.
C'est tombé comme ça, froidement (sans faire de mauvais jeu de mot),
tous les rockers, les vrais, sont consternés, leur idole s'en est allé sans tambour ni trompette mais avec beaucoup de souffrance.
L'alcool est en première ligne au banc des accusés, les affres de la vie sont grandement impliquées.
GENE VINCENT EST MORT, ça me donne envie de jurer, de hurler, bordel de merde !!
J'étais trop petit, je ne le connaissais pas encore, en 1971, je ne l'ai découvert que 4 ans plus tard, ce fut vraiment LA révélation pour
moi, et le grand choc dans le même temps, car j'apprenais qu'il n'était déjà plus de ce monde.
Bien sûr, ma chanson préfèrée, tous artistes & tous styles confondus, c'est «Be-Bop-A-Lula». Pas de mystère de ce côté-ci.
Mais ma période préfèrée de Gene Vincent c'est "la fin", c'est à dire les années 1969/70/71. Pourquoi ? Je crois que c'est l'homme,
l'humain dans toute sa complexité, l'artiste & le rocker qui se dégagent de ces années-là. Des années de galère, oui !
Je ne vais pas vous faire une bio de mon idole, je n'ai pas cette prétention, je veux simplement essayer de vous faire
partager ce que je ressent.
En cette toute fin des 60's, début des 70's, Gene Vincent n'est plus à proprement parler sous les feux de la rampe. Il n'est même
plus présenté comme un pionnier des temps héroïques, il joue simplement dans une catégorie secondaire : le "circuit rock" ; et croyez-moi
qu'à cette époque les concerts rock en France c'était plutôt ambiance tickets d'alimentation au bon ( !!! ) temps de l'URSS !!
Pas de prestige, des groupes de merde la plupart du temps pour l'accompagner (il le dit lui même dans une interview : «...I hate French groups !»), pas
vraiment de temps pour essayer de répeter un tant soit peu correctement (et pourtant le répertoire restait très "classique"...)
et ne parlant pas 3 mots d'anglais pour simplifier le tout !
Ah, c'est sûr, les temps on bien changé : aujourd'hui les p'tits jeunes qui font du Rock'n'Roll jactent bien la langue de Shakespeare,
ils ont la possibilité d'apprendre à jouer dans des conservatoires ou avec des profs connaissant parfaitement toutes les ficelles de la guitare rock (ou autre instrument),
les méthodes sont légion, appuyées par de terribles cassettes videos et maintenant DVD... Je ne parle même pas d'internet !!
Gene Vincent n'était plus "à la mode" à cette période, mais il était déjà universel, intemporel, et surtout sans concession. C'est ça
aussi qui l'a perdu. Car j'évoquais plus haut son alcoolisme (appelons un chat un "cat"), mais Gene Vincent ne s'est pas contenté de se
destroy la tête et la santé comme un punk moyen, il est tombé dedans comme n'importe lequel d'entre nous, sans faire gaffe, juste une
"bad habit", une sale manie, un sale rituel, un fléau bien de notre temps.
C'était un vrai artiste, en perpétuelle évolution, mais pas vraiment compris, pas franchement écouté, pas beaucoup entendu...
Quand on écoute un "live" (Français surtout) de Gene Vincent de ces périodes, on entend le public (ses fans) hurler : «Ouaiiiiii !! Gegèèène !!! Bi-Bop-i-Loula !!! »,
pas de place pour "l'actu", encore moins la nouveauté !! Remarquez bien que je ne jette pas la pierre ni ne me moque de ces fidèles supporters parmis les fidèles
qui ont adoré leur idole jusqu'au bout.
Je regrette simplement le fait que Gene Vincent n'ai pas pu ou su promotioner ses albums du moment comme il aurait voulu. De très grands albums pourtant.
Pas de soupe "cross-over" (variétoche...), pas de "à la mode du moment" ni même d'auto-revival. Non, de la création artistique dans sa plus pure expression :
des trucs extraordinaires et d'autres un peu moins terribles (quoique...), mais le tout dans une démarche sincère, de remise en question perpétuelle ; pas de repos sur des acquis,
toujours de l'avant de l'avant, tout en restant fidèle et cohérent avec lui-même. Gene Vincent était un pur, un vrai, et il n'était même pas tatoué !! (ça en vrai j'en sais rien !!).
Pourtant, j'ai l'intime et ferme conviction qu'il allait revenir sur le devant de la scène, dans son Amérique natale, que les kids de ces
70's naissantes allaient se reconnaitre dans ce personnage hors du commun, qui incarnait (et incarne toujours) l'archétype du Rocker,
l'inventeur de la Rock attitude qui effrayait même ses comptemporains dans les années cinquantes, lui qui le premier allait adopter LE look du Rocker : le cuir noir.
Au delà de ses considérations "lookistiques", je suis également persuadé que c'est aussi par sa production musicale pure qu'il aurait pu
remonter la pente. Les gens commençaient à le redécouvrir et le considérer comme un VRAI artiste, plus seulement comme un "has-been" ;
pour s'en convaincre, il suffit d'écouter l'accueil qui lui est reservé dans le live avec Commander Cody en 1970 (sur Magnum Force Records), ou dans cet incroyable live
au Corral Club à Topanga Canyon en 1971 (un bootleg, peut-être un de ces jours sur Rockin' Lyon...). Non, décidément non, Gene Vincent
n'était pas "fini" même si c'était déjà un "vieux" de 36 ans...
GENE VINCENT EST MORT. Il était 22h45, c'était le mardi 12 Octobre 1971, c'était à l'hopital de Newhall, c'était en Californie.
C'était il y a 33 ans.
Red Teddy.